Contribution au texte d’orientation « Organiser la souveraineté »
Dans le cadre du congrès de PASTEF - Les Patriotes qui s’est tenu le 06 juin 2026 à Dakar, le comité scientifique a présenté un texte d’orientation. Ce texte a une force particulière : une volonté collective d'autodétermination des masses populaires conscientes de la malgouvernance presque séculaire et de plus en plus excessive.
Il ne surgit pas de nulle part. Il vient d’une histoire, d’un chemin, d’une épreuve collective. Il rappelle que la souveraineté n’est pas seulement une idée à proclamer, un idéal à concrétiser et un Projet à réaliser ; mais une responsabilité à organiser, à défendre et à traduire dans le ressenti quotidien, l'économie réelle, la vie pour ne pas dire la survie du peuple sénégalais.
Avant la victoire, il y a eu l’idée.
Avant l’idée organisée, il y a eu l’indignation et la réaction voire le soulèvement du peuple. Avant l’exercice du pouvoir, il y a eu le refus de se taire, le refus de céder, le refus d’accepter que le Sénégal reste prisonnier des dépendances, des injustices et des renoncements aux engagements pris.
Depuis le Manifeste des Patriotes jusqu'au Congrès du Parti, en passant par l’Appel aux Patriotes, une même question traverse le parcours de PASTEF-Les Patriotes : comment rendre au peuple sénégalais la maîtrise de son destin ?
Cette question, portée au départ par une minorité lucide et déterminée, est devenue une conscience nationale, puis une force populaire, pour enfin incarner une dynamique politique capable de bousculer l’ordre établi.
La création de PASTEF-Les Patriotes en 2014 n’a donc pas été un simple acte administratif. Elle a été l’ouverture d’un chemin. Un chemin difficile, parsemé d'embûches, solitaire par moments, mais porté par une conviction forte : la politique devait retrouver un sens, une éthique, une dignité et une finalité patriotique.
Sous l’impulsion de son Président et leader, Ousmane SONKO, le parti a su porter une parole nouvelle dans l’espace public sénégalais : une parole de vérité, de souveraineté, de justice sociale, de transparence et de responsabilité.
Ce parcours n’a pas été linéaire. Combattu, PASTEF- les Patriotes a connu des obstacles, des accusations, des tentatives d’exclusion, la répression, la dissolution, l’emprisonnement de responsables. À cela s'ajoutent les sacrifices de militants et les douleurs d’un peuple mobilisé. Mais c’est précisément dans ces épreuves que PASTEF a révélé sa profondeur : sa capacité à rester debout malgré tout, à survivre aux coups, à vivre dans le cœur du peuple, à grandir dans l’adversité, et à revenir plus fort, plus enraciné, plus conscient et plus résolu que jamais.
La séquence 2021-2024 restera, de ce point de vue, un moment majeur de notre histoire politique. Elle a montré qu’un peuple, lorsqu’il refuse l’injustice et la confiscation de son avenir, peut redevenir acteur de son propre destin. Elle a aussi conduit à une victoire politique historique, avec l’élection du Président Bassirou Diomaye FAYE, dans une dynamique populaire où l’engagement de PASTEF, de ses militants et de son leader Ousmane SONKO a joué un rôle décisif voire déterminant.
Mais cette victoire ne doit pas être comprise comme une panacée, un aboutissement définitif. Elle est le début d’une responsabilité plus grande encore, car la révolution sénégalaise n’est pas une révolution de désordre ; elle est une révolution citoyenne et démocratique : une révolution par la conscience, par l’organisation, par les urnes, par la mobilisation populaire, et par la volonté de transformer l’État sans renier les libertés.
Le défi n’est donc plus seulement de résister à l’ancien système. Il faut maintenant construire un ordre nouveau, plus juste, plus efficace, plus souverain et plus proche du peuple. C’est souvent après la conquête du pouvoir que commencent les épreuves les plus difficiles: ne pas se perdre dans les habitudes de l’État, ne pas s’éloigner du peuple, ne pas laisser la routine administrative absorber l’élan populaire qui a rendu la victoire possible.
C’est pourquoi, ce texte rappelle aussi la nécessité d’insister sur l’organisation. Une révolution citoyenne et démocratique ne peut pas vivre seulement d’émotion, de slogans ou de souvenirs de lutte. Elle doit se traduire en stratégie , en approche méthodologique, en discipline, en institutions solides et en résultats pérennes.
Les cellules, les militants, les cadres, les élus et les responsables de PASTEF doivent rester les gardiens de ce lien vivant entre le Parti et le Peuple, car un parti qui perd le terrain finit par perdre son âme.
Le peuple ne doit donc jamais redevenir un simple électorat qu’on sollicite au moment des élections. Il doit rester au cœur du processus : écouter, proposer, contrôler, corriger, accompagner et construire ensemble. C’est ainsi que la dynamique populaire restera vivante. C’est ainsi aussi qu’elle évitera de se perdre dans les habitudes de l’ancien système, dans les calculs d’appareil ou dans les lenteurs qui éloignent parfois le pouvoir de ceux qui l’ont rendu possible.
La souveraineté que nous voulons doit être une souveraineté utile.
Une souveraineté génératrice d'espoir parce que créant de l'emploi et qui se fixe comme priorité première de protéger nos ressources.
Une souveraineté qui donne du travail à tous, garantit notre indépendance, mais qui améliore aussi le pouvoir d’achat.
Une souveraineté qui réforme les institutions, mais qui simplifie aussi la vie du citoyen.
Une souveraineté qui valorise le peuple, mais qui l’associe réellement à la vie de la nation, au débat et au développement de notre État, de notre République.
Cette souveraineté doit être ressentie dans le quotidien de chaque citoyen. Elle doit se voir dans l’Administration qui respecte ses fonctions régaliennes, dans la Justice qui rassure, dans l’Ecole qui forme utilement, dans l’Hôpital qui soigne dignement, dans l’Agriculture qui nourrit le pays et lui garantit l'autosuffisance alimentaire, dans l’Industrie qui transforme et valorise nos ressources, dans le Numérique qui simplifie la vie, et dans l’Emploi qui redonne espoir à la jeunesse.
Il faut, pour cela, installer une véritable culture du patriotisme productif : produire sénégalais, transformer sénégalais, acheter sénégalais quand c’est possible, former sénégalais, financer sénégalais, innover au service du sénégalais, tout en restant ouvert au monde sur la base du respect, de l’intérêt mutuel et de la dignité.
En revanche, la souveraineté ne doit pas être un repli ; elle doit être une capacité retrouvée à choisir, à créer, à négocier, à produire et à décider pour nous-mêmes.
La jeunesse et les femmes doivent être placées au centre de la transformation nationale.
Les femmes, dans les villes comme dans les campagnes, dans l’économie populaire comme dans l’éducation, l’agriculture, l’entrepreneuriat et la vie sociale, doivent être reconnues comme des forces majeures de construction nationale.
Il faut aussi comprendre que la transformation ne se limite pas aux lois, aux décrets et aux institutions. Elle se joue aussi dans les mentalités, dans la culture politique, dans la manière de gouverner, de parler au peuple, de gérer les désaccords et de respecter la parole donnée.
La bataille de la souveraineté est aussi une bataille culturelle : elle consiste à faire renaître la confiance, à réhabiliter le travail, à valoriser la compétence, à défendre la dignité collective et à montrer que l’intérêt général peut redevenir le cœur de l’action publique.
Mais tout cela exige une intégrité morale permanente. L’éthique doit rester le ciment de tout le Projet. La rupture ne se décrète pas ; elle se prouve. Elle se prouve dans les nominations aux emplois, dans la gestion transparente et efficiente des ressources, dans le refus du favoritisme, dans l’humilité des responsables et dans la capacité à écouter même les critiques. Le peuple peut comprendre les lenteurs et les difficultés d’un État à reconstruire ; il comprendra moins facilement l’arrogance, l’oubli ou la trahison de l’espérance.
En définitive, ce texte rappelle que PASTEF-Les Patriotes n’est pas arrivé au pouvoir par accident ni par une simple alternance classique. Il est le produit d’un long cheminement : une idée devenue manifeste, un manifeste devenu parti, un parti devenu mouvement populaire, un mouvement populaire devenu force de transformation.
La responsabilité historique de PASTEF, sous le leadership d’Ousmane SONKO et avec l’engagement de ses militants, de ses cadres et de ses élus, est désormais de faire vivre cette révolution démocratique dans la durée.
Le Sénégal se trouve à la croisée des chemins entre tournant structurant pour son avenir, retour au statu quo ante ou capitulation devant l'impérialisme néocolonial multiforme.
Il ne s’agit plus seulement de dire que le changement est possible. Il faut maintenant démontrer qu’il peut être organisé, gouverné, protégé et transmis.
C'est cette exigence que PASTEF- Les Patriotes rappelle au PEUPLE et à laquelle, il appelle. Alors, que chacun joue sa partition, apporte sa pierre à l'édifice national et soit prêt à défendre la patrie.
Que les militants restent au contact du peuple ;
Que les cadres éclairent sans mépriser ;
Que les élus servent sans s’éloigner du peuple ni se servir eux-mêmes ;
Que les dirigeants gouvernent avec humilité et responsabilité ;
Que la jeunesse ne se contente pas d’espérer, mais participe, propose, travaille et construit.
La souveraineté véritable sera celle qui redonne confiance au citoyen, dignité au travail, force à l’État, valeur à nos ressources et avenir à notre jeunesse. C’est sur ce terrain-là que la révolution démocratique et souverainiste devra prouver sa profondeur, sa maturité et sa fidélité au peuple : transformer l’espérance en résultats, la souveraineté en réalité, la résistance en construction, et la victoire politique en progrès durable pour les générations présentes et à venir.
Matar SÈNE, membre fondateur de PASTEF- les patriotes.