
Les fortes précipitations révèlent une réalité complexe aux effets contrastés selon les territoires. Elles dévastent les centres urbains fragilisés par des infrastructures d'assainissement défaillantes et une planification insuffisante, tandis qu'elles peuvent constituer un atout pour les espaces ruraux en stimulant le développement agricole.
Ces dernières décennies, notre pays affronte de manière récurrente des inondations dans ses grands centres urbains.
Au-delà de l'émoi qu'elles suscitent, une approche rationnelle s'impose pour identifier objectivement les causes et responsabilités, puis proposer des solutions cohérentes et efficaces.
La littérature scientifique et l'observation des phénomènes hydrologiques convergent : la cause principale des inondations urbaines réside dans l'occupation des zones non aedificandi, conjuguée à un déficit d'infrastructures d'assainissement et de drainage des eaux pluviales.
Ku dëkk ci aw xur bu tawee nga xuus ; ndox du bàyyi yoonam.
Cette situation engage une double responsabilité : celle de l'État et des collectivités territoriales dans la réglementation, l'aménagement du territoire et la maîtrise de l'urbanisation ; celle des populations qui s'installent dans ces espaces sensibles sans respecter les normes urbanistiques, les infrastructures minimales et les aménagements nécessaires. Cette dynamique s'aggrave par une gestion défaillante du phénomène : absence d'anticipation, retards dans le curage des caniveaux, entretien insuffisant des réseaux hydrauliques et des systèmes d'alerte précoce, plans de gestion des risques inadéquats.
La causalité est donc systémique : l'occupation irrégulière des zones sensibles et une gouvernance du risque déficiente se conjuguent pour amplifier les dommages lors des épisodes pluvieux.
Gestion et gouvernance du risque
Les responsabilités ne sauraient se limiter à une lecture purement judiciaire ou morale. Elles appellent une approche opérationnelle impliquant l'État, les collectivités territoriales, les communautés et les acteurs techniques (hydrauliciens, urbanistes, aménagistes, géomaticiens, spécialistes de la sécurité civile et ONG).
Une gestion efficace du risque hydrologique suppose :
- une régulation renforcée de l'occupation du sol et des zones inondables
- une cartographie partagée des zones à risque sur l'ensemble du territoire
- l'effectivité de l'obligation du visa d'occupation délivré par l'ANAT
- le renforcement des infrastructures de collecte et de drainage, avec un entretien régulier
- des systèmes d'alerte précoce et des protocoles d'évacuation clairement définis
- un soutien rapide aux sinistrés, assorti de mécanismes de transparence et de reddition de comptes
Cas de Diourbel : mesures et enseignements
L'exemple de Diourbel illustre l'application concrète de ces principes. Les priorités opérationnelles consistent à soulager les populations par l'évacuation des eaux et un appui tangible aux sinistrés, sans démagogie ni instrumentalisation politique. L'action publique doit privilégier l'efficacité et la clarté, loin des postures qui exploitent la détresse humaine.
Ce cadre opérationnel pourrait comprendre :
- des dispositifs temporaires d'évacuation et des centres d'accueil dotés de capacités d'assistance suffisantes (eau, nourriture, sanitaires, soins)
- des interventions rapides de pompage et de drainage pour limiter l'accumulation des eaux et les risques sanitaires
- une communication précise sur les mesures prises et leurs délais d'exécution
- une évaluation post-crise pour ajuster l'aménagement et prévenir la récurrence des dommages
Recommandations et perspectives
Plusieurs orientations permettraient de renforcer la résilience territoriale face aux inondations :
- renforcer le cadre normatif et les outils de planification spatiale pour limiter l'occupation des zones inondables
- investir dans l'ingénierie hydraulique locale et le balisage des zones à risque
- développer des mécanismes de financement dédiés à la gestion intégrée du risque d'inondation
- améliorer la coordination interinstitutionnelle et la co-production de connaissances entre autorités, techniciens et communautés
- assurer une approche transparente de l'aide d'urgence, sans instrumentalisation politique
Les inondations ne sauraient être réduites à un simple malheur ou à un phénomène purement technique. Elles révèlent des choix d'aménagement du territoire et des capacités de gouvernance. En adoptant une démarche analytique — identifier les causes, situer objectivement les responsabilités, mettre en œuvre des solutions pragmatiques — il devient possible de transformer la désolation des crues en opportunité de renforcer la résilience urbaine et le développement rural, aux échelles locale et nationale.
Membre du bureau politique national de PASTEF et Coordonnateur communal de PASTEF Diourbel