Après l’arrestation de leurs 11 jeunes : La vie bascule à Bohé Baol

Après l’arrestation de leurs 11 jeunes : La vie bascule à Bohé Baol

Le sort réservé aux 11 jeunes risque de changer la cour normale des choses à Bohé Baol. Les villageois ont cessé toute activité et clament toujours leur innocence. Les habitants de Bohé n’ont plus gout à la vie.

Ici, on clame toujours leur innocence. «Ce ne sont pas eux qui ont mis le feu au village Ndiék Penc», dit-on en chœur. A Bohé Baol, la vie tient à peu de chose, mais surtout à beaucoup de débrouille. Dans ce village situé à près de 37 km de Diourbel, la principale activité reste l’élevage et l’agriculture. Ainsi, depuis l’interpellation de 11 jeunes de cette localité, les activités sont au ralenti. Ils sont poursuivis pour incendie volontaire sur des lieux servant d’habitation. Ils ont été arrêtés le jeudi dernier suite aux affrontements avec les habitants du village de Ndiék Penc pour le branchement d’un tuyau pour une adduction en eau potable survenus le jeudi 4 mai dernier. Ce jour risque de rester inoubliable dans leur vie où ils ont assisté à l’interpellation de 11 de leurs frères et fils par la gendarmerie de Diourbel. Ces jeunes sont accusés d’avoir volontairement mis le feu sur les concessions des habitants de Ndiék Penc. Deux villages distants de moins 300 mètres, mais actuellement séparés par les politiciens.

Mardi hier, le réveil a été lourd pour certains parents de ces jeunes actuellement en prison. Midi passé de quelques minutes, ils se sont toujours rassemblés ou presque au domicile du chef de village qui se trouvait en ce moment au tribunal de Diourbel. Sur place, c’est l’ainé de la famille que nous trouvons. Agé d’une soixantaine d’années, Moussa Sarr vit difficilement l’arrestation de trois de ses parents : son fils ainé et deux de ses frères. Moulé dans un Lacoste aux rayures vert bleu sur un pantalon Kaki, le bonhomme malgré sa santé fragile, se tient bien sur deux jambes. «C’est difficile ce qui se passe actuellement dans le village. Tout le monde est au courant de ce qui s’est passé. C’est le tuyau qui est à l’origine de ce qui est arrivée à nos frères et fils. Je pense entre les deux villages, il n’y a pas de problèmes, nous sommes des parents. Mais à un certain moment, ils voulaient nous imposer la force pour brancher leur tuyau. Je suis prêt à poser ma main sur le Saint coran, nos jeunes n’ont pas mis le feu sur le village de Ndiék Penc. Ils sont au total 11 jeunes interpellés. Deux de mes frères et mon fils font partie de ces jeunes en prison», dit-il.

Moussa ne veut pas voir son fils dans cette situation. C’est pourquoi, depuis son interpellation, il n’a pas eu le courage d’aller lui rendre visite. Tout ce qui lui reste c’est de formuler des prières pour son fils. «Vous avez vu comment je suis. Je suis très affaibli par l’arrestation de mon fils. Je n’ai pas le courage d’aller à Diourbel pour lui rendre visite. Je ne peux pas le voir dans cette situation. J’ai très mal au cœur. Je n’essaye même pas d’y aller, je sais ce que je ressens. Ces jeunes sont innocents, ils veulent régler des comptes politiques en utilisant nos enfants. Mon frère ainé est actuellement là-bas.» Si Moussa Sarr a pu se retenir, c’est tout le contraire pour Mbaye Faye. Des larmes aux yeux, le bonhomme n’arrive toujours pas à diriger l’arrestation de ces 11 jeunes de leur village. «Nous souffrons plus que les sinistrés de ces incendies. C’est le Sous-préfet de Ndindy qui n’a pas fait son travail. Il n’a pas mis tous les villageois au même pied d’égalité. Dans chaque maison il y a trois ou quatre jeunes arrêtés. C’est pourquoi, rien ne fonctionne. Les champs et les troupeaux ont été désertés. Nous sommes des cultivateurs et des éleveurs et nous ne pouvons pas aller actuellement aux champs. Seynabou Sarr avait déjà mis ses bagages pour retourner à Dakar où elle fait son commerce. Depuis l’incendie de jeudi, la commerçante a annulé son voyage. Elle décide de rester auprès des seins pour leur soutenir dans ces moments. Ces villageois ne sont pas encore au bout de leurs peines. Parce que, les jeunes de leur village ne connaissent pas leur sort. Ils viennent de bénéficier d’un deuxième retour de Parquet. Ils devraient faire face au Procureur de la République ce mercredi.

LISTE DES 11 JEUNES ARRETES
Abdou Sarr, Mamadou Sarr, Badou Faye, Ada Faye, Lahad Faye, Elimane Faye, Modou Diouf, Thierno Ngom, Abdourahmane Ngom, Madiama Ngom, Aliou Sarr
ABABACAR SALL, SOUS-PREFET DE NDINDY
«Pas de commentaires… »
Son nom a été cité par toutes les parties comme étant à l’origine de cette situation qui prévaut actuellement dans cette partie de Ndindy. Selon les différents interlocuteurs des deux villages, Ababacar Sall n’a pas fait son travail. Interpellé sur ces accusations, le Sous-préfet refuse de s’y prononcer. Il indique qu’il ne peut pas parler d’une affaire pendante devant la justice. «Je ne ferai aucun commentaire sur une affaire pendante devant la justice. Laissons la justice faire son travail», coupe-t-il court.
JULES. S. NDIAYE