Les Jeudis de SAM: Mac de Diourbel plaidiyer pour les détenus

Les Jeudis de SAM: Mac de Diourbel plaidiyer pour les détenus

Au Sénégal, l'emprisonnement des femmes était un phénomène peu connu pendant la période coloniale. Actuellement la progression est, manifestement, importante car d'années en années, le nombre de femmes incarcérées croît et commence à prendre une certaine ampleur.

Suite à une réflexion que nous avons faite sur l’incarcération de la femme au Sénégal et plus récemment à une sensibilisation à travers des consultations, nous nous sommes davantage intéressés à la question et avons tenté de comprendre autrement la situation de ces femmes rencontrées en prison dans la région de Diourbel.

La prison et l'hôpital psychiatrique possèdent des racines communes. Sous l'Ancien Régime, on incarcérait indifféremment dans les mêmes lieux et conditions criminels. Il faut attendre la révolution et l'érection de la prison en tant que peine principale, pour que s'effectue le partage entre l'univers du soin et l'univers du punitif. Mais cette conception archaïque de la prison a évolué au fil des temps, sous l'influence des idées nouvelles, plus moralistes, voire plus humanistes. Dès lors, le meilleur moyen de lutter contre la délinquance croissante ne résidait plus dans l'emprisonnement seulement mais dans la nécessité de faire sortir de prison des femmes meilleures qu'elles ne l'étaient en y entrant, autrement dit, plus armées moralement.

En résumé, de la société traditionnelle à nos jours, la femme joue un rôle de plus en plus actif. Aussi, est-il légitime de croire que cette évolution, malgré ses apports bénéfiques, ne manquera pas de s'accompagner d'inconvénients, voir de comportements de plus en plus déviants. Ce faisant, de larges horizons de délinquances, d’infanticides, de prostitutions sont ouverts à celles qui étaient traditionnellement confinées au rôle d'épouse au foyer.

Au terme de cette étude portant sur les femmes incarcérées à la MAC de Diourbel, un certain profil se dégage : Il s'agit de femmes : âgées de 15 à 40 ans, issues de familles nombreuses, habitant le département de Mbacké et des villages environnants suite au phénomène de l'exode rural. Le niveau de scolarisation est très bas, voire inexistant, elles exercent de petits métiers et la grande majorité sont célibataires ou délaissées par des maris immigrés en Europe ou aux États-Unis. Dans ce lot de maux figures au premier niveau les femmes de Touba dont les maris sont a l’étranger ou qui vivent avec leur coépouse. Les motifs d'emprisonnement sont l'infanticide, les conflits entre coépouses, le vol, la prostitution et le trafic de stupéfiants.

Des récidivistes ont été signalées chez celles qui sont détenues pour vol, ou prostitution. Nous nous sommes interrogés sur le statut de ces femmes dans la société traditionnelle Africaine en tenant compte des soubassements socioculturels. Et force est de penser que ces bourreaux (infanticides) ont été certainement, dès le départ, victime de tout un système de penser et d'être ; même les " défenseurs " sont persuadés que la femme, dans sa " fragilité " doit nécessairement bénéficier d'une protection qui, à la limite, lui retire tous ses droits : droit à la culture, à l'éducation et à l'information.

Le manque d'information en tant que tel est un facteur de victimisation, la fragilisation prenant racine dans l'ignorance et la pauvreté. Il faudrait que ces femmes sorties du village et projetées dans un milieu complètement déstructuré par rapport à leur système traditionnel, puissent s'armer d'un minimum de bagage pour se défendre contre des fléaux dont le soubassement est très souvent d'ordre socio-économique. Mieux il faut permettre à ces femmes victimes d’infanticides d’avoir un cadre ou exprimer leur inquiétude et d’expliquer les raisons qui les poussent à tuer leurs nouveaux nés. Reste à réfléchir sur les possibilités de réinsertion de ces femmes ayant séjourné en prison tout en sachant que cet événement marquera à jamais leur vie.

Le fait est que ces lieux sont pour la population carcérale un sanctuaire leur permettant de faire leur rééducation et de réussir leur réinsertion sociale et non un trou a rat ou tout manque ; hygiène, santé, vie saine, minimum vital. Nous convenons tous du fait aussi que ces lieux ne doivent en aucun cas servir de cadre apte à remplir les conditions d’une vie adéquate voire parfaite mais qu’aussi les contraindre à cette vie de misérable pourrait faire d’elles des « retenues ». A y voire de prés à la MAC est par excellence assimilée à un lieu ou tout manque les filles en ages de procréer ont besoin de savons et de serviettes hygiéniques, de toutes ces petites choses qui les éviteraient d’attraper des infections.

En guise de synthèse, l’on retiendra les conditions difficiles dans lesquelles elles évoluent mais le plus utile réste la solution à proposer pour faire face à cette lamentable situation. Bref il faut tout d’abord une large sensibilisation voir une vulgarisation car la prison n’est pas une honte n’est pas aussi un enfer. Il faut une implication des acteurs politiques locaux pour une meilleure prise en charge, il faut une assistance quotidienne par assistante sociale, un budget que la mairie pourrait les attribuer et enfin une action citoyenne des populations de Diourbel à travers des cotisations et des soutiens moraux car elles sont membres de la communauté.
Samatitude

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