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Interview avec un chercheur pluridisciplinaire de l’UGB

« La pauvreté est dans le bassin arachidier, l’expression d’une régression des atouts de notre socle physique liée, notamment, à l’avancée démographique et le tout à combiner surtout, au plan mondial, avec la réflexe face à une crise qui est de ‘’tirer sur soi la couverture’’…. Aujourd’hui, chez nous, le développement est pisté à travers une pluriactivité…L’aménagement vu comme une agrégation subtile de toutes les quêtes ou développements orientés pour le compte d’un territoire peut être concluant chez nous…La région de Diourbel longtemps oubliée connait un début de prise en compte, un léger mieux sous Macky Sall… », avance P B M K, doctorant en géographie de l’UGB.

 

P B M K est un géographe, politiste, membre de l’école doctorale pluridisciplinaire des sciences de l’homme et de la société (EDSHS). Il sillonne le pays mais le monde à travers la mondialisation, à la quête de positions et solutions impactant particulièrement les domaines du développement et des relations internationales. Au détour d’investigations de terrain dans le bassin arachidier, il se prête à l’exercice d’une interview.

 

(Mor Séne, Baol Times) : Plusieurs études mais le vécu montrent que la pauvreté connait une forte prévalence dans notre zone du bassin arachidier plus particulièrement à Diourbel et surtout dans le monde rural, pouvez vous revenir sur les causes et quêtes pour enrayer un tel phénomène ?

 

La pauvreté est dans le bassin arachidier l’expression d’une régression des atouts de notre socle physique liée, notamment, à l’avancée démographique et le tout à combiner surtout, au plan mondial, avec la réflexe face à une crise qui est de ‘’tirer sur soi la couverture’’. Aujourd’hui, le malaise économique est tangible dans le Baol qui est surtout rural, si les explications d’un tel état de fait sont diverses, certains de ces facteurs dommageables font l’unanimité. En effet, il est notable des causes physiques, des causes politico-économiques, des causes sociales avec la fissuration  des liens de solidarité. Au point de vue physique, le déficit d’eau avec une irrégularité pluviométrique et l’assèchement des réserves d’eaux de surface, mais des sols épuisés : avec les sols Dior qui dominent très largement et sont les plus fragiles. Ils sont très meubles et perméables et n’ont pas de pouvoir de rétention. Ceci sans compter avec la salinisation et la déforestation d’où nous nous retrouvons avec une végétation dépouillée : « La pratique continue d’une agriculture extensive dans une région à forte densité de population a considérablement contribué à la destruction de l’arbre et des formations forestières en général au niveau du bassin arachidier du Sénégal. Les effets combinés du défrichement irrationnel des formations naturelles, des feux de brousse et du surpâturage contribuent à la dégradation profonde d’un écosystème déjà fortement fragilisé. » (Maiaimy Diatta…). A ses causes physiques, il faut ajouter des aggravations que sont les causes politico-économiques avec l’ajustement structurel et la dégradation des termes de l’échange selon l’expression du président Senghor qui ont placé le pays sous un régime d’austérité. Et mal menée la société d’où des causes sociales, la fissuration  des liens de solidarité, ainsi les  familles qui naguère étaient élargies se rétrécissent. Tout ceci fait que Diourbel une des régions les plus prospères du pays et ralliée de partout vers les indépendances (les navétanes où de toutes provenances affluaient vers le Baol des bras valides) est aujourd’hui une des plus mal lotie ou pauvre. Avec 69,4% de pauvres en 2002, Diourbel était la troisième région la plus pauvre du Sénégal après Ziguinchor et Kolda. Selon les données de la statistique de 2010, l’incidence de la pauvreté par rapport aux ménages est passée de 61 % de ménages pauvres en 2002 (Enquête Sénégalaise Auprès des Ménages -ESAM II) à 45,2% de ménages pauvres en 2005/06 (Enquête de Suivi de la Pauvreté au Sénégal –ESPS2005-2006). Par rapport aux individus, c’est 69,4% de la population régionale qui vivait en dessous du seuil de la pauvreté en 2002, alors qu’en 2005/2006, ce taux est passé à 51,8%. D’où en 4 ans, à Diourbel on a noté une régression de la pauvreté respectivement d’environ 16 points pour les ménages et18 points pour les individus. Ce mieux comme vous l’avez dit est à imputer aux stratégies de réduction de la pauvreté mais surtout le réveil d’une certaine population. C’est ainsi, qu’aujourd’hui, chez nous, le développement est pisté à travers une pluriactivité, la quête de revenus qui était surtout d’actualité en saison des pluies et par les activités annexes de l’agriculture chez les ruraux se poursuit maintenant pendant toute l’année, les ruraux transitent de l’agriculture, au commerce sans compter avec les services, l’informel, l’élevage, la migration, les projets avec la dynamique associative, la scolarisation, le maraichage, l’artisanat…Bref par une pluriactivité généralisée à travers tous les âges (de l’enfance à la vieillesse) mais les deux sexes sachant que l’entreprenariat féminin est majoritaire comme le confirme une récente étude étrangère : les femmes africaines sont les plus entreprenantes au monde. Les impacts de tout ceci nous font dire, qu’aujourd’hui, à Diourbel le développement rural n’est plus ruraliste, on est en transition.

 

(Mor Séne, Baol Times) : Selon vous l’aménagement, la planification est un levier pouvant et devant procurer des issues au pays et à la région de Diourbel particulièrement, en quoi faisant ?

 

 En effet, l’aménagement vu comme une agrégation subtile de toutes les quêtes ou développements orientés pour le compte d’un territoire peut être concluant chez nous. Le Pr Makhtar Diouf disait que sans l’intégration des économies, des marchés, des potentialités…point de développement en Afrique. Ce postulat est aussi défendable pour le Sénégal et pour la région de Diourbel en contexte de ZLECA à allier ainsi avec une dynamisation-collecte-conservation-transformation-commercialisation adéquate de l’agriculture visant à donner des unités industrielles coopératives, futurs démembrements des agropoles annoncés à cet effet. Car étant une zone plutôt rurale, le Baol quoiqu’on en dise dispose de terres agricoles et d’une jeunesse active, ces jeunes sont aussi leaders dans le secteur informel mondial. Mais aussi, le legs des anciens dont le mouridisme et Touba, deuxième ville du pays ; sans compter avec nos autres atouts. Ces trois que sont l’agriculture, le secteur informel, Touba optimisés pour les deux premiers secteurs, notamment, par des incubateurs et Touba par une guidance, par la transposition de son modèle de développement local dans nos autres terroirs baol baol feront de Diourbel reprendre sa place prospère d’antant au niveau national. Et c’est par des politiques ou planifications qui appliquées donnent des aménagements que nous tendrons vers ce nouvel élan.

 

(Mor Séne, Baol Times) : La décentralisation sénégalaise est dans un processus de maturation, notamment, à travers l’acte3, quelle analyse faites vous de son coaching à mi parcours, quelles sont selon vous les voies de son perfectionnement, notamment, en ce qui concerne notre localité Diourbel ?

 

Avec l’acte3 de la décentralisation, le législateur ou tout simplement l’Etat a fait montre de beaucoup de bonnes intentions car la psychose de deux ou plusieurs catégories de sénégalais a longtemps été nourrie par nos politiques publiques, notamment, territoriales. Maintenant après les bonnes intentions, il est toujours flagrant un dénuement dans beaucoup de nos collectivités locales érigées en communes, mais aussi à certains égards l’acte3 à tout l’air d’un remue ménage, d’un autre faux départ car les moyens n’ont pas suivi les compétences transférés pourtant augmentés. Tout cela est sans compter avec le leadership local souvent piétiné, dessaisi de ses prérogatives selon les ardeurs du centre, des exemples d’un tel fait fusent de partout et à Diourbel aussi certaines autorités locales en font mention dénonçant des aménagements sans même les aviser d’où un arbitrage, l’érection de voies de recours rapides pour le bon fonctionnement de la décentralisation est une nécessité managériale pour une décentralisation effective.

 

(Mor Séne, Baol Times) : La coopération surtout décentralisée est très en vogue, en tant qu’analyste très lié au terrain, comment jugez vous ses retombées et pour Diourbel qui a tout l’air de souffrir de son manque de visibilité, comment maximiser son profit de tout ça?   En effet, la coopération décentralisée à travers les ONG, les collectivités locales, les associations est très visible surtout en milieu rural. Cependant, plus aidé n’est pas forcément mieux aidé. L’intervention de la coopération au développement bute sur l’absence d’autonomisation ou de durabilité des initiatives, dés le sevrage beaucoup d’activités au développement coulent. D’où nous préconisons des partenariats avec les organismes de micro finance pour les associations et collectivités appuyées à travers des épargnes et prêts permettant la disponibilité de ressources pour poursuivre et vivre des activités de développement. N’empêche, l’apport de la coopération au développement est considérable, elle est un recours vu par certains tel un secours en milieu rural. A Ndindy et Ngohé, du département de Diourbel, les ONG performance Afrique (des sénégalais), nouvelle planète (des suisses), Main dans la main (des français), l’ONG ’’ Arcabaléno (arc en ciel), l’ONG française Gret, la coopération canadienne : interviennent, notamment, dans l’équipement et la construction d’écoles, de postes de santé, de banques de céréales, par des formations en agriculture et élevage, mais aussi un financement suivi d’accompagnement, dans la vulgarisation de l’agro écologie. Et par l’intermédiaire de nos ambassades, on pourrait avoir d’avantage de partenaires, selon la ligne d’intervention des pays et grâce à une bonne formulation des projets par nos collectivités locales et associations au développement.

 

(Mor Séne, Baol Times) : Les géographes sont très regardants envers la cité de Touba que vous étudiez depuis plus d’une décennie, est ce qu’on peut dire, aujourd’hui, de Touba être un pôle national drainant la région et le pays ?

Incontestablement, Touba est un pôle centralisateur à plusieurs égards pour la région de Diourbel mais pour le Sénégal et ceci semble d’ailleurs symbolisé à travers son plan radio centrique, avec la mosquée au centre ceinturée de part et d’autre par les infrastructures, quartiers et villages. Aujourd’hui, que ce soit au plan politique avec la parade des politiques, c’est un centre économique avec sa manie d’ériger des marchés soutenue par la doctrine économique ou de travail mouride et l’adresse des baol baols dans le commerce et l’informel, c’est un pôle d’habitation avec environ 1 500 000 hbts faisant d’elle la deuxième ville du pays et hébergeant pour le Magal des millions de pèlerins, la rapidité de son degré d’urbanisme même à la périphérie est singulière…Bref, aujourd’hui au Sénégal, à tous les paramètres permettant d’appréhender d’un pôle, Touba est considérable. Maintenant, le défi des sénégalais est de transposer l’exemple de développement local toubien chez eux, ce qui fera des patriotismes locaux salvateurs pour le pays.

 

(Mor Séne, Baol Times) : Le mouvement associatif est très présent à Diourbel, selon vous, est ce que ces structures atteignent les objectifs assignés à eux quand au développement humain et local ?

Tout à fait, le mouvement associatif sénégalais est un pan considérable de notre société et c’est surtout les associations sportives et culturelles (ASC) qui sont les plus visibles, notamment, en période de vacances avec les navétanes. Mais pour une localité encore très rurale comme Diourbel les associations au développement qui sont surtout rurales d’intérêts économiques, communautaires, environnementales, politiques…sont les plus présentes tout au long de l’année. Toutefois celle-ci souffre d’un défaut d’autonomisation concrète perceptible à la fin des projets exécutés par un retour à la case départ d’où une liaison de celles-ci avec les structures de micro finance tout au long de l’exécution des programmes par l’épargne notamment pourrait aider à durabiliser les activités productives, particulièrement. Mais aussi, ces organisations butent sur une marche et démarche dévoyées, elles se chevauchent, notamment, par des regroupements-dispersion ou diversion pour des motivations de représentativités politiques entre autres tant on ne sait plus qui fait quoi. N’empêche, la massification connait des prouesses par ses réalisations: avec la construction d’infrastructures communautaires (écoles, cases et postes de santé, maternités, magasins, puits et forage, etc…) Et dans ce sens au Baol, les mouvements religieux ou dahiras ont un impact quoique souvent localisé. (Mor Séne, Baol Times) : Je vais terminer par solliciter l’analyse du politiste local que vous êtes, du local au global en passant par le national quelle analyse pouvez vous faire de l’évolution des politiques publiques à l’interne et des relations internationales à l’externe?

La région de Diourbel longtemps oubliée connait un début de prise en compte, un léger mieux sous Macky Sall. En effet, notre localité a connu depuis plus de trois décennies des maires ministres de la république, bien placés dans le système étatique mais qui ne sont quasiment jamais arrivés à produire un kilomètre de route ou autres infrastructures significatives. Même si Touba, la fierté des Baol baol, elle tire son épingle du jeu. Dernièrement avec Promoville, le PUDC, mais aussi des projets agricoles on a noté un certain renouveau même si nous sommes loin du compte des milliards promis par Macky Sall lors de ses conseils des ministres délocalisés aux Diourbellois et autres de l’intérieur. Aussi le fleuron régional qu’était la Sonacos est déclinant d’où les baol baol en majorité dans l’économie rurale et l’informel guettent une remise sur pied de la filière arachidière, une réelle diversification agricole, un meilleur aménagement avec des sources d’eaux de culture en saison sèche, une incubation du secteur informel et tout ceci pourra être possibilisé, notamment, par les agropoles annoncés à cet effet qui tardent à se pointer. Au niveau national, également, il est notable des pas, projets et infrastructures porteurs d’espoir surtout avec l’annonce des découvertes minières. Ce ‘’palmarès’’ est entaché par un chômage toujours prévalent, une justice et autres institutions républicaines téléguidées, en garde à vous. Toutefois, l’opinion publique est de plus en plus incidente sur la marche du pays, notamment, avec les activistes et autres chroniqueurs des médias qui se saisissent des enjeux et actualités pendant que les politiques continuent à errer à travers leurs ambitions déconnectées de la réalité que sont la conquête ou conservation du pouvoir. Au plan des relations internationales, les conflits avant plutôt africains sont aujourd’hui aussi arabo-asiatiques avec la Syrie, le Yémen, l’Irak, l’Afghanistan, la Lybie, la Birmanie…Et en Afrique de nouveaux défis comme le terrorisme se dressent devant nous et la dispersion de nos forces armées peut nous amener à en pâtir. Une réelle armée africaine, coalisée et sur le qui vive pour faire face s’impose. La gouvernance mondiale est aussi remarquable par un contournement de l’ONU, un unilatéralisme, une volonté d’hégémonie des Etats unis le plus souvent et de la Russie parfois qui font sans le droit international. Un tel cas de figure fait que la puissance d’équilibre que cherche à incarner la France n’est pas suffisante, mais une quête d’équilibre de la terreur quoique timide car non assumée par un Etat, peut être pouvons nous dire exceptée la Corée du Nord, s’affirme de plus en plus , notamment, par des groupes multinationaux aux actions ou réactions, aujourd’hui, de plus en plus aveugles.     

Mor Séne /BaolTimes