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Souvenirs du Doyen Daniel Corréa, un Pédagogue au Service de la République…11 Avril 1968-11 Avril 2018


C’est l’histoire d’un homme. Il était mon père. Daniel Corréa a laissé des traces. Il aura marqué bien des hommes, et aussi une époque.

Pour ma part, je l’appelais « Papa ». Simplement… Comme le benjamin de ses six enfants que j’étais et qui entretenait avec lui une relation fusionnelle et attentive justifiée par ce statut de « thiat », souvent choyé, mais parfois corrigé.

Je partageais avec ce père des moments d’éducation, d’instructions, de loisirs formateurs souvent, sportifs toujours, pratiquant tennis, natation et football, mais aussi religieux, devant l’accompagner quotidiennement à la messe du matin avant de rejoindre mon école.

C’est donc cet homme que j’appelais « Papa » qui, le jeudi 11 avril 1968 à 18 heures, alors que je m’apprêtais à aller voir Claude François en concert au stade Demba Diop, s’éteignit à l’âge de 57 ans, me laissant orphelin à 14 ans, avec seulement comme bagage affectif, sa trace de « papa ».

Je dus me résigner à le connaître à travers d’innombrables témoignages, qui durant les cinquante années qui suivirent, m’ont fait découvrir, subjugué souvent par leurs récits, un homme d’une exceptionnelle dimension, que les hommes et les femmes qui avaient eu à le croiser appelaient affectueusement et simplement…Daniel.

On l’appelait Daniel…souvenir qui m’habite de manière continuelle les années qui suivent, est celui des obsèques de Daniel Corréa.

Une foule immense autour de la Cathédrale de Dakar, le cimetière de Bel-Air envahi et des kilomètres de cortège funèbre ont été les images qui ont accompagné mon adolescence traversée par cette absence, cependant comblée par l’affection de ma mère et de mes grandes sœurs, Angélique, Charlotte, Marie-Louise et Jeanne, qui bribes par bribes initièrent le puzzle qui allait 50 années durant dessiner l’image de cet homme qui est proposée aujourd’hui par ces grands hommes qu’il aura contribué à former et à élever aux exigences de notre République.

La première image constitutive de mon questionnement sur la dimension de cet homme, fut la décision au soir de sa mort, de suspendre le déroulement de la Semaine Nationale de la Jeunesse, comme signe de deuil, en raison des fonctions qu’il occupait, dirigeant le ministère de la Jeunesse et des Sports de Monsieur Amadou Racine Ndiaye.

Un honneur était ainsi rendu à ses actions en faveur de la jeunesse sénégalaise et du sport qu’il avait contribué à poser comme vertus cardinales de l’essor du Sénégal. Quelle vie eut Daniel Corréa pour que sa disparition méritât tant d’émotions et l’expression de tant d’honneurs ? Récit…. 
Une Imposante Prestance.

 
L’ancien Gouverneur et Ministre Daniel Cabou raconte que tout jeune élève en Casamance, il avait été singulièrement impressionné par Daniel Corréa qui officiait comme Directeur d’école, et qu’il avait fait de lui un exemple à suivre dans la quête de son brillant devenir, frappé par son autorité et son imposante prestance qui selon lui, « suscitaient crainte aux élèves, mais aussi respect lorsqu’il s’agissait d’apprendre de lui les préceptes de l’éthique et de la morale, lors de moments de conseils toujours judicieux qui firent souvent des garçons qu’il aura formés des hommes valeureux, solides et patriotes.

Nous avions la chance d’être formés par la crème de l’enseignement à travers cet instituteur sorti de la célèbre Ecole Normale William Ponty et les qualités qu’il nous dispensait ont largement participé à la consolidation de mon éthique comme colonne vertébrale ».

Les hommes qui ont croisé sa route éducationnelle, de Feu Moustapha Wade à Abdou Diouf à l’école Blanchot de Saint-Louis, se souviennent de cette faconde généreuse et de son élégance. Ils ne se sont jamais lassés de préciser l’importance que  ses enseignements et ses conseils ont pu avoir sur leurs parcours.

 
« L’homme était disponible et profondément généreux dans ses relations humaines » témoigne Moustapha Niasse 
Le Président de l’Assemblée Nationale, Moustapha Niasse dans le témoignage qu’il livre à l’occasion de la commémoration des 50 ans de sa disparition, écrit que « Daniel Corréa était un enseignant que, jeunes élèves au Lycée Faidherbe, dans les années 50, nous avons rencontré et qui nous recevait le dimanche dans sa résidence à Saint-Louis, nous prodiguant conseils et encouragements, ayant un comportement envers les jeunes que ceux-ci n’oublient pas, plus particulièrement, lorsque ces comportements procèdent de qualités comme l’ouverture d’esprit et le sens pédagogique, étant disponible et profondément généreux dans les relations humaines ».

Moustapha Niasse de poursuivre pour dire la prégnance de sa fréquentation de cet instituteur « qu’alors que j’étais encore au Lycée Faidherbe de Saint-Louis, en classe de seconde en 1957 et 1959 en terminale de Philosophie, Daniel Corréa me disait toujours qu’avec mon attachement à la lecture et mon amour pour l’histoire, je serai un jour Administrateur Civil et Haut-Fonctionnaire de la République… La suite et le destin ont confirmé sa prédiction.

C’est qu’il avait pour ma modeste personne une estime dont je le remercierai toujours ».

 
« Un Haut Fonctionnaire de qualité exceptionnelle » selon Amadou Makhtar Mbow. 
Sa trajectoire administrative a mené Daniel Corréa à croiser le chemin d’Amadou Makhtar Mbow, lorsque celui-ci arrive en 1951 comme enseignant et comme professeur d’histoire et géographie à Rosso, et ils ont eu à travailler ensemble à la Direction de l’Inspection d’Académie du Sénégal et de Mauritanie pour le Ministère de l’Education de base en 1953, avec des hommes comme Albert Ndiaye, Cheikh Amala Sy et Sarr Ousmane Thiané.

Ce qui fait dire à l’ancien Directeur Général de l’Unesco, que « cette équipe était constituée des piliers du département au moment des indépendances, inspirant le respect pour leurs compétences, leur dévouement, leur courage et surtout leur désintéressement ». 


Amadou Makhtar Mbow garde précieusement le souvenir « d’un homme affable, d’un haut fonctionnaire de qualité exceptionnelle, éduquant, formant, enseignant avec compétence dans le but d’armer notre jeunesse, avec la seule conviction de servir notre pays, impliquant fortement les mouvements de jeunesse dans les luttes d’indépendance, travaillant dans l’intérêt général des populations d’alors et sans aucun goût pour les profits personnels ».

Monsieur Mbow évoque «  un homme qui faisait preuve de droiture, d’éthique, de morale, de solidarité et qui diffusait des valeurs d’humilité et de solidarité ».

Un sentiment qui aura marqué Makhtar Mbow était ce sentiment qui exhalait de Daniel Corréa et qui en faisait un saint-louisien à part entière, un saint-louisien de cœur, lui qui était originaire de Casamance, amis qui avait eu le bonheur d’épouser une fille de Saint-Louis, Antoinette Carrère.

Avec le soutien d’Amadou Makhtar Mbow devenu ministre de l’éducation, de la jeunesse et des sports, sous la « Loi-Cadre », il aura contribué à la création de nombreuses équipes de football et de clubs omnisports dans cette ville contribuant au rayonnement sportif continental de la capitale coloniale du l’AOF. 
Le Sport comme viatique d’une vie d’homme accompli. 


La dimension sportive de Daniel Corréa, qui en faisait une valeur de base de l’éducation, est narrée par El hadj Malick Sy Souris qui fut international sénégalais et sociétaire de la Jeanne d’Arc dont il fut un grand dirigeant.

« La belle époque, confie Souris, celle des François Ndaw, Samou Lopez. Tonton Daniel, nous l’admirions pour son élégance, le rang administratif qu’il tenait avec humilité, et ses valeurs d’éducation qu’il nous prodiguait à tout instant.

Il avait de la tendresse et du respect pour moi, me poussant aux études, encourageant mes exploits sportifs, au lendemain de chaque bon match, je passais le voir à ses bureaux et recevait de lui ma récompense en guise aussi d’encouragements.

Il aimait me transmettre des valeurs de respect d’autrui et de ma personne, nous prodiguait de la spiritualité, des valeurs de courage et d’abnégation et de liberté d’esprit.

Lors de la finale de la Coupe du Sénégal en 1962, contre le Foyer-France-Sénégal, descendant avec le Président Senghor serrer les mains des joueurs avant le match, je me souviens qu’il me glissa à l’oreille qu’en ce jour, tout JA-MAN qu’il était, il se devait aujourd’hui d’être du côté de nos adversaires casamançais, cela dit tout en souriant. On gagna le match 6 buts à 2, et il fêta notre victoire.

Il est resté en tous temps au fond de mon cœur et ne le remercierai jamais assez pour ces transmissions qu’il nous aura apportées, à nous tous sportifs de cette génération, avec des hommes comme lui, dont Abdoulaye Fofana, autre grand dirigeant, qui fut aussi son grand ami, en dehors de partager la même physionomie et une grande ressemblance ». 
On l’appelait aussi « Tonton Daniel » 
Daniel Corréa, c’était aussi le grand ami de la jeunesse dakaroise, à laquelle il ouvrait sa maison pour y organiser fêtes et surprises-parties, sous son regard bonhomme et vigilant quant aux observances des règles morales et de l’élégance.

Toute une génération a dansé à Courbet, du nom de l’avenue qui abritait sa demeure, et de nombreuses élégances s’y sont construites, fortes de ses conseils et de sa bienveillance paternelle.

 
Qui, mieux que Moustapha Niasse peut conclure cet hommage à Daniel Corréa, lui qui dans sa lettre de commémoration de sa mémoire, écrit : «  A ses enfants, Charlotte, Marie-Louise et Jean Pierre, que je considère comme membres de ma propre famille, je me joins en union de prières, pour que le Cimetière de Bel-Air, soit pour lui le lieu d’une paix et d’une béatitude qu’il mérite bien, pour avoir été un homme du Siècle, entièrement dévoué à son pays et d’une bonté naturelle, comme c’est le cas pour les êtres humains qui viennent au monde, pour partager avec leurs semblables, la Foi en Dieu et l’engagement patriotique et citoyen, au service de tous ». 
Merci Daniel… 
Jean Pierre Corréa

dakaractu